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Entretien avec Anita Urasa, architecte tanzanienne engagée

Chacun des projets de coopération internationale d’ASFQ est réalisé avec l’appui d’architectes locaux garantissant la complémentarité de nos interventions avec l’expertise existante sur le terrain. Sur le projet d’école de Nainokanoka nous avons la chance de compter sur un soutien exceptionnel : Anita Urasa, architecte et architecte paysagiste tanzanienne qui a une grande expérience auprès des ONG et des institutions internationales. 

Le choix de l’architecture
Dans son enfance, Anita se voyait devenir médecin comme son père. Cependant, l’intérêt pour l’architecture lui est venu un peu plus tard. Il naquit lors de l’observation de la construction de la maison familiale, puis grandit grâce au temps passé dans la maison de ses grands-parents, où un petit escalier menant à un vaste grenier offrait à l’imagination d’un enfant, un endroit fascinant. Le goût pour l’art et pour les réalisations concrètes lors de ses études la mena ensuite naturellement vers l’architecture. Après quelques années de pratique, sensible au manque d’aménagement des espaces autour des bâtiments, Anita ressentit le besoin de se former en architecture du paysage. Cette idée repose elle aussi sur un contexte familial : sa mère, férue de jardinage, donnait un soin particulier à l’esthétique de l’espace autour de la maison. Pour Anita, « Les espaces extérieurs revêtent une importance capitale du fait de leur accessibilité publique, alors que l’intérieur des bâtiments tend à apparaître de fait comme des espaces privés ».

Un besoin social et un potentiel national
Ces 10 dernières années, Anita s’est consacrée à des projets sociaux de grande ampleur, destinés au développement d’infrastructures dans le secteur de la santé et de l’éducation dans toute la Tanzanie, que ce soit pour le compte d’ONG internationales ou de l’UNICEF. Avec plus de 57 millions d’habitants, la Tanzanie se place comme le cinquième pays le plus peuplé d’Afrique. Ce pays subit de nombreux problèmes, dont la pauvreté. Or, comme partout ailleurs dans le monde, l’architecture ne concerne que la population la plus aisée. Le pays est confronté au manque d’architectes, à un système de planification ancien et à l’absence de codes de construction de base. Selon elle, « l’architecture devrait être un service social afin de fournir à la population un environnement bâti digne, tenant compte de l’esthétique, des besoins de la société, de l’économie, des normes de qualité et de construction durables. » Dans ce sens, la montée de la jeune génération tanzanienne de par son poids démographique et son dynamisme est une chance pour opérer une évolution profonde des mentalités. Bien préparées, ces générations futures ont le potentiel de devenir les « architectes du changement ». La place est libre pour un « arc-en-ciel d’architectures » qui répondra aux besoins et aux capacités de la société tanzanienne.

La participation au projet
Informée du projet par Christian Benimana de MASS Design, au Rwanda, avec qui elle avait fait partie du EAIA (Board of Education for the East Africa Institute of Architects), il n’a fallu que quelques semaines et quelques courriels échangés avec ASFQ pour qu’elle participe en avril 2019 à la rencontre et la charrette de design animée par Louis-Paul Lemieux alors tout juste arrivé à Dar-Es-Salam. « Ma motivation pour participer à de tels projets est enracinée dans mon désir de voir des communautés dans le besoin accéder à des services de base. »

En phase avec la culture Massaï
Il est à souligner que Anita tient de sa famille paternelle un lien particulier avec les Massaïs, puisque son grand-père a grandi dans cette communauté. «Ce projet est en phase avec la culture Massaï, car il a été initié et accepté par les membres de la communauté.» Dans cette communauté Est-Africaine, les décisions sont prises en commun, les aînés ayant un rôle de premier plan. Même aujourd’hui, les personnes travaillant avec les Massaïs sur des projets de développement doivent s’assurer de communiquer clairement et de prendre en compte les préoccupations de chacun. «Ils ont une culture très forte basée sur le nomadisme et la proximité avec leurs troupeaux. Leur bétail constitue leur richesse. Ils ne se plient que légèrement aux influences du monde moderne. Cette attitude a fait d’eux les porte-étendards de la culture tanzanienne au regard de l’étranger. En matière de construction, ils vivent en communauté et chaque propriété familiale comprend des baraquements séparés pour l’homme de la maison et les jeunes adultes, tandis que la mère et les enfants vivent ensemble. Les bovins sont gardés dans un kraal circulaire qui entoure toute la ferme de branches d’acacias épineuses destinée à d’éloigner les intrus et les prédateurs de la savane.»

Les défis du projet
Pour qu’un concept architectural réussisse, il doit intégrer le contexte local, socioculturel et environnemental. C’est pourquoi il est fondamental d’observer et de comprendre où, quoi et comment les Massaïs construisent. «J’ai appris d’eux ce qui pouvait être adapté à la façon dont nous planifions et construisons.» Les grands défis techniques de ce projet sont la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée et de matériaux adéquats.

Suite au travail de conception cet été, la construction aura lieu durant l’automne, en partenariat avec l’équipe 2019 du PRÉCI, qui se rendra sur place. Suivez l’actualité du projet Nainokanoka dans nos prochains articles et sur nos réseaux sociaux.

 

Rédaction : David Alexandre Calmel

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